Les filles n’ont pas envie d’aller vers les carrières scientifiques et techniques

Ou le rôle de l’éducation dans les choix individuels des filles

Qu’est-ce qui fait qu’à niveau égal, les filles sont envoyées dans les filières bio alors que les garçons vont dans les filières sciences de l’ingénieur ? Qu’est-ce qui fait que moins de 15% des effectifs de l’option science de d’ingénieur et 38% en maths mais… 60% dans l’option Science et Vie de la Terre sont des filles?

Alors qu’il y a quasiment autant de femmes que d’hommes à obtenir un bac scientifique, seules 28% se retrouvent en filière ingénieur. Et là encore de fortes disparités existent : 66 % de femmes en agronomie pour seulement 13% en automatique et électricité.

Le rôle de l’éducation dans les choix individuels des filles

Les affinités des filles

J’entends souvent dire que c’est une question d’affinités : les filles « préfèrent » aller dans certaines filières ou « n’ont pas envie » d’aller dans d’autres. Il ne faudrait pas les forcer car c’est un choix qu’elles font, que nous n’avons pas à remettre en cause.

« Le plus souvent, c’est un manque de possibilités offertes aux femmes, et il est particulièrement difficile pour les petites filles de se représenter dans un fauteuil de directrice, dans un poste de force, de puissance, de prestige » écrit ainsi Amma Asante, réalisatrice et scénariste, au sujet de la sous-représentation des femmes à des postes prestigieux, ici dans le cinéma.

Ainsi, en 2008, la HALDE (Haute Autorité de Lutte Contre les Discriminations et pour l’Égalité, aujourd’hui disparue) identifiait les stéréotypes véhiculés dans les manuels scolaires. Les femmes y apparaissent peu, ont des rôles de second ordre, voire sont absentes. Les métiers et activités, notamment dans la sphère politique et économique, sont représentés de manière très sexuée.

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Dans les médias, lorsqu’il s’agit de technologie, ici une voiture, les hommes sont gestionnaires, exigeants, connectés, tandis que les femmes sont prudentes, raffinées ou princesses :

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Les hommes contrôlent, dirigent et protègent. Ce sont eux qui ont le pouvoir, qui entreprennent et « aident » les membres de leur famille. Tandis que les femmes sont réduites à leurs rôles de mère, de consommatrice et d’objet sexuel. Très peu de publicité les présentent dans un rôle actif.

Le regard de la société

La sociologue Catherine Mary évoque l’intériorisation par les filles des normes et comportements que la société attend d’elles : la ménagère, la mère et la travailleuse. S’éloigner de ce schéma prédéterminé serait vécu comme une transgression identitaire dont le coût serait trop élevé. En effet, l’image qu’une femme et que la société se fait d’un « poste à responsabilités » repose sur un modèle aux codes extrêmement masculins de disponibilité, de temps et d’attributs.

A partir de ce que les femmes entendent dans leurs familles, à l’école, dans les médias, elles intériorisent le fait de devoir prendre en charge le foyer et la famille. Elles se dirigent donc spontanément vers des filières qui leur permettront de concilier vie familiale et professionnelle.

 

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Ce « destin probable » constitue une sorte de voie normale qu’il est naturel de suivre et qui peut donc influencer leurs choix d’orientation scolaire.

La période des choix d’orientation, l’adolescence, est celle de la construction identitaire des individus. Sortir de la « norme » à cette période, se révèle donc difficile pour beaucoup de filles.

Sortir de la norme à l'adolescence se révèle difficile pour les filles au moment de l'orientation Click To Tweet

La relation à soi et aux autres

Toute leur vie, on apprend aux filles à s’occuper des autres, en leur offrant des poupées, en les félicitant quand elles sont propres sur elles, quand elles sont gentilles avec les autres, sont de vraies princesses.

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Alors que les garçons sont félicités quand ils sont habiles de leurs corps, prennent des risques, sont sportifs, sont aussi forts que leurs super héros.

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Les filles sont donc, en permanence, poussées vers les métiers du « care », où il s’agit principalement s’occuper de soi et des autres (santé, esthétique…)

Les garçons ont le droit d’être rebelles alors que les filles doivent bien se tenir. Click To Tweet

Il m’est arrivé souvent de voir des petites filles se faire « gronder » lorsqu’elles couraient, car elles risquaient ainsi de tomber, se faire mal ou, comble de l’horreur, d’abîmer leurs vêtements.
Récemment, une femme me rapportait qu’elle s’était faite convoquer par l’école de sa fille, car celle-ci jouait trop « à des jeux de garçons », c’est à dire jouer aux billes ou courir dans la cour, ou voulait se déguiser en Spiderman pour le carnaval.

Les filles sont si mignonnes quand elles jouent à la marelle dans un coin de la cour, sans prendre trop de place et salir leurs vêtements. Il a également été montré que les garçons occupaient la majorité de l’espace de la cour de récréation.

Les filles sont si mignonnes quand elles jouent dans un coin de la cour, sans prendre trop de place Click To Tweet

L’heure du choix

Ainsi à l’heure du choix de l’orientation, à un âge déterminant dans la construction de soi, les filles « choisissent » en majorité les métiers déjà fortement féminisés, dit du « care ». D’où la surreprésentation des femmes dans les métiers autour des soins et de l’éducation : professions médicales ou paramédicales, esthétique, enseignement, assistanat… Même lorsqu’elles choisissent des études scientifiques poussées, elles vont de préférence vers les filières médicine, biologie ou agronomie.

Pas vraiment étonnant, alors qu’on leur fait comprendre en permanence qu’elles n’ont pas les capacités pour toutes les activités manuelles, physiques ou techniques, qu’elles ne s’orientent pas d’elles-mêmes vers les filières mécanique, informatique ou du bâtiment.

Et vous, pensez-vous qu’il est possible en 2016 d’obtenir un meilleur système d’orientation ? Moins sexiste, moins discriminant, plus inclusif ? Quelles solutions mettre en place pour que les filles aient autant de choix que les garçons dans les métiers qu’elles pourraient exercer ?

 

 

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