Où est passée la diversité dans nos écoles d’ingénieurs?

Suite à un heureux enchaînement d’opportunités, j’ai le plaisir depuis la rentrée 2015 d’intervenir dans plusieurs grandes écoles d’ingénieurs. J’y dispense des cours de « Management Interculturel » et « Systèmes d’information et Travail » à des élèves ingénieurs en apprentissage.

J’ai d’ailleurs un peu délaissé ce blog afin de me concentrer sur la préparation de mes cours. J’ai ainsi pu découvrir ce qu’était le métier de professeur. Car j’ai déjà donné des formations techniques dans le cadre de mes métiers précédents, mais là il s’agit d’enseigner des savoirs à des élèves ingénieurs toute une journée. De les faire analyser et prendre du recul sur les entreprises dans lesquelles ils ont pu travailler.

Enseigner l’interculturel…

Lors du cours de management interculturel, il s’agit non seulement de donner aux élèves les notions théoriques de rapport à autrui, au pouvoir, au temps et à l’environnement, développées par la sociologie. Mais il s’agit également de leur faire analyser la culture de leur entreprise d’apprentissage, les différences nationales observées lors de leur stage à l’étranger.

J’aimerais leur faire prendre conscience qu’il est très facile d’utiliser ces théories et concepts tels quels, comme un manuel de survie à destination des futurs managers et du même coup appliquer des stéréotypes universellement valables. Aller plus loin que « Les Anglais sont perfides » et « Les Allemands sont rigoureux » passe par une curiosité intellectuelle et une connaissance de l’autre, qui ne s’apprend pas que dans les livres.

Où est passée la diversité dans nos écoles d'ingénieurs

Au cours de mes expériences en contexte international, j’ai pu rencontrer et travailler avec de nombreuses personnes de nationalités différentes. Certes leur culture nationale pouvait avoir une grande influence sur leur comportement, je pense notamment au rapport à la hiérarchie au Japon ou l’absence d’opposition directe en Inde, néanmoins chaque individu est unique et s’adapte au contexte dans lequel il évolue.

 

Dans un contexte monoculturel!

Lors de mon premier cours, je me suis heurtée à un problème crucial de notre société aujourd’hui : le manque de diversité des futurs ingénieurs français.

Je savais déjà que les femmes étaient peu représentées dans les filières ingénieurs (28,1 % en 2012, mais en dessous de 20 % dans les filières techniques) et que seulement 13 % des élèves sont issus de familles d’ouvriers ou d’employés. Ce que je sous-estimais, c’était l’impact de cette absence de diversité sur la formation des étudiants.

Moi qui suis depuis longtemps une fervente défenseure de la diversité dans les entreprises, j’ai trouvé dans ces écoles d’ingénieurs une homogénéité criante. Pas très étonnant que les entreprises aient ensuite des difficultés à diversifier leurs équipes.

« Et alors ? » me direz-vous,

« On a choisi les meilleurs sans faire de différence », et le hasard a fait que ce sont tous des hommes blancs CSP+. Le recrutement de clones a ceci de confortable qu’il y a très peu d’inconnu et ces clones sont donc très faciles à manager d’un point de vue purement opérationnel. Ils ont en plus l’énorme avantage d’être toujours tous d’accord.

Le recrutement de profils plus atypiques demande plus d’efforts, notamment d’intégration, et présente le risque de faire sortir le groupe de sa zone de confort en apportant un point de vue différent, une contradiction ou simplement un œil neuf.

C’est malheureusement le constat que j’ai pu faire de cette première journée de cours. Ce groupe homogène, sans contradicteurs, sans challenger, sans poil-à-gratter et qui se complaît dans cet entre-soi.
Pour mes prochaines sessions, je vais donc m’acharner à leur ouvrir l’esprit, à leur montrer les avantages de la diversité et de la mixité des points de vue, car ils sont très loin de les vivre au quotidien.

Si vous avez des idées pour m’y aider, je suis preneuse. N’hésitez pas à partager vos inspirations dans les commentaires

2 Thoughts to “Où est passée la diversité dans nos écoles d’ingénieurs?”

  1. Arissu

    Oui: former aussi en RH car au delà du kpi à atteindre sur les recrutements extérieurs ou promos internes il y a un vrai intérêt humain et business à oeuvrer pour la diversité! Si ni le management, ni le business, ni le RH ne pousse ça ne va pas tomber du ciel!

    1. C’est sûr ça ne tombe pas du ciel. Il y a toujours une certaine croyance de « l’égalité déjà acquise » et que « avec le temps les inégalités vont s’estomper » parce que c’est dans l’ordre des choses. Or c’est une représentation fausse, l’égalité ne progresse pas si des hommes et des femmes ne prennent pas d’actions concrètes en ce sens.

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